Jeudi 21 avril : présentation publique à l’Entre-sort appelée aussi sortie de résidence (résidence à l'Entre-sort de Furies, Châlons-en-Champagne).

Publié le par Ludor Citrik

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Dans un théâtre, je naquis. Etouffant, j’éclatai mon sac amniotique. Au lieu d’un cri, une humeur blanchâtre s’échappa de ma bouche. Dans le gluant, je m’ébattais tandis que mes poumons-sacs battaient la chamade. Abats ourdis

Je se rassemble. Je suis présent.

Des personnes assises en brochette m’observent, les jambes et les bras croisés. Je leur demande de l’aide, je veux les rejoindre mais un son strident m’en empêche. Il matérialise mon enfermement et ma cage est délimitée par un scotch orange. Désespérément, je me cogne aux barreaux invisibles et aux silences des témoins. Les voyeurs ne se manifestent seulement quand je les menace. Ils ont aussi peur que moi. Ils m’apprennent le refus et ma gorge articule après eux  un : "ah, non !". Je voudrais qu’ils me libèrent, qu’ils m’ouvrent le chant de l’autre. Ils semblent tenir à la frontière conventionnelle du spectacle, je suis seul, enscéné. Moi aussi, je veux m’asseoir, regarder. Mes fesses réclament une chaise. Soudain, quelqu’un du public en dispose une derrière la frontière. Je vais pouvoir faire comme  tout le monde tout en répétant  comme pour ne pas les oublier les derniers mots appris : "et alors". Assis face à mes semblables, les codes du spectacle s’estompent. Un puissant doute de la convention de la représentation théâtrale résonne dans la salle silencieuse. Plongeant dans le regard du public qui deviennent des personnes devant mes yeux de sauvages, je me mets à pleurer.

Ludor Citrik

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