Jeudi 14 avril : Protocole de la naissance et des schèmes de développements (résidence à l'Entre-sort de Furies, Châlons-en-Champagne).

Publié le par Ludor Citrik

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Déjà trop tard.

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Regard sur le monde.

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Sauvage.

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Tentative de redressement.

 

  Je prends l’expérience à partir du moment où le chambellan me laissa seul dans le cercle matriciel.

Un voyage laborieux de 2h.30 à travers les schèmes de développement tel que le propose Bonnie Bainbridge Cohen dans son approche de l’anatomie expérimentale du body-mind centering (BMC). Cette description est tiré de son livre : Sentir, ressentir et agir aux éditions Contredanse.  Les éléments constitutifs du développement comprennent les réflexes primitifs, les réactions de redressement, les réponses d’équilibration et les schèmes neurobiologiques de base (16 schèmes de mouvements élémentaires basés sur le développement du mouvement phylogénétique (la progression de l’évolution à travers le règne animal) et ontogénétique (développement infantile chez l’humain)).

schèmes pré-vertébrés : 

-la respiration cellulaire : processus d’expansion/contraction de chaque cellule du corps (mouvement des animaux unicellulaires). Elle sous-tend les autres schèmes et le tonus postural.

 -la radiation du nombril : relation de toutes les parties du corps par rapport à l’ombilic.

 -la recherche par la bouche.

 -le mouvement pré-spinal : mouvements doux et séquentiels initiés par l’interface entre la moëlle épinière et le tube digestif.

schèmes vertébrés :

-mouvement spinal : de la tête au coccyx (mouvement du poisson).

-mouvement homologue : mouvement symétrique et  simultané des 2 membres supérieurs et/ou inférieurs (mouvement des amphibiens).

-mouvement homolatéral : mouvement asymétrique d’un membre supérieur et du membre inférieur du même côté (mouvement des reptiles).

-mouvement controlatéral : mouvement diagonal comme le mouvement des mammifères.

Tout cela est très bien détaillé dans le livre et j’arrête ici mon travail de copiste pour passer à l’expérience dans son vécu.

Ma mission : déflorer l’amnésie infantile. Reparcourir ces premiers temps que la conscience ne paraît pas pouvoir convoquer et  qui pourtant semblent à l’origine de ce qui me constitue en tant que sujet. La question du regard sur le monde, dans cette expérience, était primordiale. Comment envisager le monde non distingué d’un moi non encore constitué ? Mes yeux voyaient flou, j’étais comme absorbé par une vision sans relief, sans distance, hypnotisé par le vide. Ma nuque flottait. J’essayais de pousser la myélinisation de mes nerfs. Ma bouche motrice finit avec peine à faire lever ma tête et je sentis un début possible d’attention. Tout était encore bien vague. Le corps était entrave mais avec effort le poisson sortit de l’eau et l’attention se fit intention. Laborieusement, je partais à la conquête de l’espace et je commençais à distinguer le monde en même temps que je me distinguais de lui. Le temps était informe, mes pulsions décousues se perdaient dans la latence de la réalisation de l’action. Mon autonomie naissante était sans loi.

Dans la solitude de mon apprentissage, je manquais cruellement de sollicitations extérieures. J’avais froid, soif, ma peau se fissurait sur la paille. Personne pour m’ouvrir la voix de mon humanité,  personne à imiter, personne pour m’encourager ou me permettre de me mettre debout. Une présence se fit sentir pourtant, on me recouvrit d’une couverture, un biberon coulant dans mes yeux pénétra mes lèvres, irriguant ma gorge desséchée d’une eau tiède me dévoilant le goût du plastique. Je le gardais en bouche pour satisfaire mon désir de succion et le biberon se fit tétine. Cependant, il était déjà trop tard, j’avais loupé mon rendez-vous avec les humains et l’eau aurait pu être servie dans une auge où j’aurais essayé de repaître ma soif tantalesque. J’étais l’enfant sauvage, maladroit, désexpressif, incapable de nourrir l’altérité ou d’apprendre de l’autre que je voyais gesticuler devant moi. D’autant plus que les premières paroles que me donnait mon référent le furent avec un masque, la mécanique de la parole m’était cachée. J’étais une sorte d’humanimal désorganisé, désordonné et incohérent. D’après Bonnie Bainbridge Cohen, l’apprentissage est le processus par lequel nous varions nos informations compte tenu du contexte de chaque situation. Le fait de ne pas me situer, de ne pas avoir subi de variations et de sollicitations extérieures semblait affirmer un chaos en moi, une impossibilité de suivre une orientation active. J’étais dans un moi qui ne dépassait pas les limites de mon corps, un moi perclus qui n’incluait pas l’autre.

Ludor Citrik

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