Jeudi 14 avril : enchaînement des schèmes de développement (résidence à l'Entre-sort de Furies, Châlons-en-Champagne).

Publié le par Ludor Citrik

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 L'espace prévu pour cette expérimentation était le cercle que nous avions tracé sur le plateau, précédemment utilisé pour la tentative de naissance du 9 avril. Je l'ai recouvert d'une bâche translucide, et j'ai ajouté aux débris de papier qui restaient de la naissance de la paille, une petite quantité de Maïzena, et une petite quantité d'un mélange Maïzena-colle à papier peint-marc de café.

Ludor n'étant vêtu que d'une couche-culotte s'est mis à avoir froid, pour le réchauffer je lui ai alors frotté et claqué le dos, réveillant comme il me l'a dit plus tard sa conscience cutanée. Je l'ai ensuite emmené dans l'espace , lui yeux clos, en variant les dynamiques de déplacement, les postures, le stimulant en lui faisant toucher et sentir diverses matières. Puis nous sommes entrés dans le cercle où je l'ai bercé (échouant d'ailleurs à trouver pour ce faire  une posture confortable) en lui chantant avec douceur une mélodie improvisée. Lorsque Ludor a ouvert les yeux, j'ai placé mon visage face au sien et fait jouer ma bouche, mes yeux afin de déclencher chez « mon bébé » un réflexe d'imitation. J'ai fait passer par ma figure différentes intentions, bienveillantes et malveillantes. J'ai ensuite laissé Ludor à l'exploration des schèmes de développement. Il est à noter qu'aussitôt après que je me suis éloigné de Ludor avec l'intention de l'abandonner, je suis revenu près de lui, où j'ai attendu, dans l'idée de rajuster la fixation au sol de la bâche ; était-ce un prétexte, cette relation de mère à bébé avait-elle suscité à mon insu de l'attachement en moi ?

Plus tard au cours du travail, j'ai stimulé Ludor vocalement, concoctant mes interventions à partir de mes souvenirs de rapports adulte/bébé. Je lui ai aussi adressé des gestes, tout cela dans le but de lui fournir une matière à laquelle réagir, imiter, intégrer... Après lui avoir adressé une première fois la parole, j'ai recommencé mais le visage couvert d'un masque neutre ; alors que mon ton de voix a dans tous les autres cas été doux, je lui ai cette fois crié des paroles d'une voix agressive. Parfois je lui ai parlé et adressé des gestes tout en le regardant à travers la caméra. J'ai parfois répété en boucle les mêmes mots, les mêmes gestes. Dans tous les cas il a tenu compte de moi, en me regardant, puis en m'imitant, puis en me sollicitant, puis en se montrant hostile  à mon égard. Je suis aussi entré dans le cercle pour donner à boire au biberon à un Ludor encore larvaire, et pour le couvrir d'une couverture alors qu'il semblait à nouveau avoir froid.


compte-rendu et photo : Côme Delain

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