Dimanche 17 avril : comment j'interviens/accompagne durant une expérience ou comment j'ai vécu l'expérience du parc à bébé, et ce que j'ai vu (résidence à l'Entre-sort de Furies, ChâlonsenC

Publié le par Ludor Citrik

  J'ai bien aimé installer le parc à bébé (malgré son côté tiré par les cheveux du plafond) avec Côme, au même titre que j'aime labourer un champ entre deux pages de philo (j'ai bien aimé chercher la fuite dans le moteur aussi, mais ça, ça n'était pas sur scène; chercher les fuites!). Quand l'expérience commença, je me plaçai majoritairement en observatrice auditive durant les trois premières heures - située d'un côté où je ne voyais rien. Le bruit qui me marqua le plus est un souffle nasal fort (qu'est-ce que pouvait bien expirer bébé avec force?). Je fis quelques courts passages devant le parc, dont un pendant lequel j'établis un rapport visuel avec bébé qui se rapprocha et eut une réaction de succion dans le vide avec la bouche. Je repartis  rapidement, n'ayant pas choisi d'intervenir et bébé resta un moment à fixer le vide. Au bout d'1h.30, je fis le projet d'intervenir pour donner le sein à bébé. Je questionnai Côme sur la pertinence et il me suggéra de le faire en fin d'expérience, puis il me suggéra de faire ce que je voulais. J'étais soucieuse de ma qualité de présence, ni intrusive ni absente. J'avais parlé avec Côme de sa façon de faire (utilisation de la voix, masque etc) et je comptais bien choisir mes moyens. Je fis quelques recherches sur internet sur la façon de tenir bébé pour lui donner le sein, puis je m'égarai et je partis dormir. Côme me réveilla vers 2h. du matin, je partis fermer et restai seule témoin. Je décidai de me rendormir, mettant une alarme à 5h.30 pour préparer mon intervention qui aurait lieu à 7h., mais je me réveillai bien avant - en même temps que bébé qui faisait des sons, cris, buvait ou jouait (je suppose parce que je ne le voyais pas) puis se rendormait à intervalles réguliers. Sommeil paradoxal? Le cerveau embrumé, habitée d'une légère fatigue nerveuse, je mis en route la préparation, qui dura longtemps, ce qui ne facilita pas la recherche d'un état de calme déterminé. Je commençai par m'occuper de mon corps : boire pour réchauffer le dedans, prendre une douche pour réveiller le reste, faire un ex. d'acupression avec des balles. Je m'habillai en noir et décidai de tenter une 1ère intervention sans masque neutre : je me mis près du parc et chuchotai à bébé des paroles concernant manger, l'allaitement, fis des petits bruits de succion légers. Il n'y eu aucune réaction visible, je repartis. J'eus ensuite tout un tas d'actions parasites nerveuses qui étaient la conséquence de ma peur (et de ma fatigue aussi) : j'allai dans la cuisine manger des noix de cajou, je refis plusieurs passages devant le parc à bébé (à distance cette fois, observant uniquement). Par hasard, je lus les pages sur l'inhibition de l'action du livre d'Henri Laborit, ce qui m'aida. Je me concentrai sur mes talons et imaginai que je prenais racine dans la terre pour faire circuler mon énergie et me débarasser de cette nervosité. L'heure passait : il était maintenant 7h.30, heure à laquelle j'avais décidé d'intervenir. Je sentis le découragement monter et j'allai dans le hall, où je m'autorisai à pleurer un moment (je le nourris même un peu de l'intérieur avec du "pauvre moi"), quelques larmes très douces. Soulagée, je m'arrêtai avant de pomper le peu d'énergie de cette fin de nuit et retournai dans la salle plus tranquille, j'avais lâché. J'ajustai le masque neutre, je me mis torse nu devant le parc à bébé, comptais jusqu'à 5 (oui!) et plongeai : j'étais dedans. Bébé était couché sur le côté, je le touchai et il se mit sur le dos. J'eus du mal à le soulever pour le rapprocher de mon sein, j'étais nerveuse. Je réussis finalement, changeant de position. Ce fut l'occasion d'une respiration commune qui me débarrassa largement de ma nervosité. L'orientation de mon regard (et de mon masque) n'était pas très précise, mais je ne le regardais pas directement. Il n'était pas très gourmand, ça dura 3 mn. environ pendant lesquelles je le touchai avec une intention bienveillante et je réajustai sa position en glissant ma main à la base de sa colonne (j'étais surtout focalisée sur la position). Puis je le reposai, le couvris jusqu'au nombril et le regardai, il gigotait et avait une expression de satisfaction. J'avais eu ma dose et le laissai seul. Je crois qu'ensuite bébé partit boire au biberon, et je me dis que ça lui avait donné envie. Je sortis de la salle, satisfaite, et allai fumer une clope au soleil avec un pépé arabe.

Isabelle Garcin

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article